Instagram, mes enfants et moi

Il nous agace autant qu’il nous attire, nous rend tour à tour jaloux.se, admiratif.ve, ému.e, compatissant.e, en colère, envieux.se … Les émotions face à Instagram ne manquent pas ! Depuis 6 ans que j’ai ce compte, mon rapport a profondément évolué (mais il faut dire qu’Insta lui-même a beaucoup écolué !) et aujourd’hui, c’est cette histoire que j’ai envie de vous raconter.

Mars 2015 … Les débuts

Je suis mère depuis quelques mois, j’ai 27 ans et je me sens très seule. Autour de moi, aucune maman (ni aucun papa) hormis la mienne, des cousines éloignées, des tantes. Je n’ai personne avec qui partager, qui appeler en cas de questions, de problèmes, pour rire ou pour pleurer. Je parle de ma nouvelle vie, de mon bébé, mais je sens bien que l’entourage n’accroche pas. Je ne ressens pas du rejet, juste de l’incompréhension et un décalage qui se creuse.

Puis je découvre les « blogs parentaux ». Un, deux, dix … Ils m’aident beaucoup. J’adore écrire alors je me lance et c’est ainsi que nait Ces Yeux Bleus. J’écris beaucoup sur mon quotidien, sur ma fille, sur mes découvertes, sur mes produits, mes sorties. Ça correspond aussi avec ma reconversion comme accompagnante périnatale. Je me fais surtout des amitiés indélébiles, dont deux qui sont encore aujourd’hui quotidiennes. Je n’envisage plus ma vie sans elles, j’oublie totalement comment nous nous sommes rencontrées d’ailleurs, et pourtant, au départ, c’est comme ça … avec nos 30 followers et nos 3 likes :)

C’était l’époque d’Hellocoton, des blogs, des contenus. Les comptes Insta existaient car les blogs existaient. Je regrette beaucoup cette époque dans laquelle je me retrouvais davantage, car elle était basée sur le partage, la rassurance, l’information. Évidemment il y avait déjà les « happy mums » et les vies un peu trop roses pour être vraies, mais ce que j’ai trouvé dans ces blogs valait tout l’or du monde. Je me suis sentie exister, « faire partie de ». Je me suis prise au jeu des likes, évidemment, au jeu de la publication d’articles sur le HuffPost, du nombre de followers. Mais cela restait gentillet et bienveillant.

Tout de suite j’ai su que je ne voudrais montrer ni le visage ni donner les prénoms de mes enfants. Ça n’a jamais été négociable. Je comprends totalement que l’on fasse autrement ; pour moi, c’est le moyen de préserver l’intimité de ces trois personnes qui n’ont pas choisi de s’exposer. Au même titre que je ne les posterai jamais dans une position dégradante (faisant une crise, vomissant, déféquant …. ne riez pas, on voit de ces trucs …!!), je ne souhaite pas divulguer ces informations qui me paraissent trop intimes. Cette décision a d’ailleurs été prise en couple ; depuis le début mon mari me soutient sans faille dans toute cette démarche, et il serait impensable pour moi d’aller à son encontre si quelque chose le gênait concernant l’exposition de nos enfants (et de nos enfants uniquement, EVIDEMMENT).

2015-2018L’heure de gloire des blogs !

J’écris beaucoup, je partage, je rencontre. J’adore ces liens qui se créent et j’adore raconter mon quotidien, parler de mes enfants et de ma parentalité. On ne va pas se mentir, j’aimais aussi voir la vie des autres :)

Cette période est très étrange, car j’ai l’impression de mener « une double vie ». Mes proches et mon entourage ne connaissent pas ou très peu l’existence de mon blog (hormis mon mari bien sûr, et quelques amies proches), ni toutes ces rencontres que je fais, tout cet univers dans lequel j’évolue à présent.

Je fais quelques événements mais je ne m’y sens jamais à l’aise. C’est dans ces années-là que l’influence gagne du terrain sur les réseaux sociaux. Les partenariats sont de plus en plus présents et visibles, le contenu des blogs s’appauvrit au profit de comptes Insta dans lesquels je ne me retrouve plus vraiment. Moi la littéraire, celle qui aime tant lire, décortiquer, comprendre les choses et les gens, les réseaux sociaux me frustrent. Peu à peu, je n’arrive plus à écrire ou partager autant qu’avant, je ne sais plus quel ton donner.

Le revers de la médaille, c’est la comparaison. Les jours de « moins bien », quand on n’arrive plus à faire la part des choses ni à avoir les idées claires, elle peut faire très, très mal. On a beau savoir que la réalité n’est pas sur Insta, ce n’est pas toujours facile de le ressentir. Je trouve que la course à la surenchère de la belle image et à « la vie parfaite » s’accentue en 2017-2018. Alors quand on est hypersensible et qu’on couple cela à un attachement intrinsèque insecure, la comparaison peut vite devenir destructrice.

Je poste de moins en moins. Déjà car je ne trouve plus l’inspiration ni le ton encore une fois, et ensuite car je ne sais plus de quelle manière je souhaite intégrer mes enfants à tout cela. Cela me gène de plus en plus d’écrire sur elles.

Novembre 2018 – Juillet 2020 … La pause

En novembre 2018, sans même le préméditer, je réalise mon dernier post sur Ces Yeux Bleus. Je n’ai rien annoncé puisque je ne savais absolument pas que ce serait mon dernier ! Depuis quelques mois déjà comme je le disais, je peine à écrire et je ne prends plus de plaisir à partager.

Finalement, je n’écrirai plus pendant un an et demi. Mon compte est toujours là, je m’y connecte plusieurs fois par semaine pour prendre des nouvelles des un.es et des autres que je connaissais, de près ou de loin. Mes relations s’intensifient « in real life » avec mes amies rencontrées « en ligne ». La vie quoi !

Je me sens très, très loin de ce monde virtuel à présent, je reprends contact avec ma vie quotidienne autrement qu’à travers un écran de téléphone. Aucune envie d’ailleurs d’annoncer ma troisième grossesse, mon déménagement, ou que sais-je encore. Et puis je vois Instagram se transformer (en tous cas dans les comptes que je suis), devenir peu à peu une vitrine commerciale, un monde d’influenceurs.ses que j’ai du mal à suivre. Ce n’est pas un jugement, il en faut pour tout le monde. De plus, je sais quelle exigence ce nouveau métier demande. En revanche à titre personnel, ce n’est pas ce que je recherche en me connectant, ni ce qui m’intéresse.

Très honnêtement, je pensais cette pause définitive.

Depuis juillet 2020 … L’engagement

Et puis 2020. Accouchement violent, confinement, stress post-traumatique … et l’envie d’en parler, plus forte que moi. Non pas pour me raconter ou pour replonger dans les afres d’Insta, mais pour m’engager. Pour parler, pour dire, pour dénoncer, pour aider. Tiens l’engagement justement, parlons-en ! Quand je suis revenue en juillet 2020, c’est le mot qui régit toutes les relations sur Insta ; clients/commerçants, followers/influenceur.ses, on ne parle que de ça.

J’ai beaucoup hésité à revenir, de peur de retomber dans cette course folle aux chiffres. Je sais qu’on y revient tellement vite car c’est un comportement totalement humain, et aussi car les algorythmes des réseaux sociaux nous y poussent. Alors j’ai fait un pacte avec moi-même en réécrivant mon premier « nouveau » post :

  • Je me sers d’Insta pour produire du contenu, informer, faire bouger les choses. Mes enfants, ma maternité, mon quotidien, sont la toile de fond mais ils ne sont plus le sujet principal de mon compte. Je veux devenir une voix plus « universelle ». C’est aussi pour ça que j’ai recrée un blog alors même qu’ils meurent tous ! Je veux avoir un espace pour m’exprimer pleinement et sans limite de caractères ;)
  • Je ne me force pas à poster « pour obtenir plus de likes ou de followers ». Si je sens que c’est ma principale motivation, j’attends avant de poster. Bien sûr, je souhaite produire un contenu de qualité et être lue, mais pour porter ma voix, pas pour autre chose.
  • Je fais attention à être inclusive, je me refuse à juger les modes de vie, les fonctionnements des autres, mais plutôt à nourrir ma réflexion des différences que je peux lire. Je pars du principe qu’on n’est jamais dans la vie des gens (et encore moins sur Instagram). À inclure dans la mesure du possible chacun.e dans ce que j’écris, et à suivre des comptes qui ne me ressemblent pas forcément. C’est aussi comme ça qu’on sort de la comparaison permanente.
  • Je n’hésite plus à arrêter de suivre. Quand je ressens des émotions trop négatives avec un compte, énervement, envie, incompréhension trop forte, j’arrête de suivre. Longtemps je ne l’ai pas fait et on ne va pas se mentir, ce n’est pas simple de ne plus suivre la vie des personnes qu’on suivait depuis longtemps mais ça apaise beaucoup au final :)
  • J’essaye d’être utile. Mon but n’est pas de susciter l’envie ou la jalousie et dès que je sens que ça pourrait être le cas, je nuance ou même je m’abstiens de poster. En revanche, j’essaye d’apporter des informations sur les choses qui marchent pour moi / nous, des choses que j’aurais aimées lire moi-même.

Pour ce qui est de l’exposition de mes enfants, elle se fait de plus en plus rare. Elle n’est plus jamais quotidienne, et ne sert quasiment plus qu’à de l’illustration de mes propos. Je continue en revanche à poster pour leurs anniversaires ou pour des événements marquants, pour laisser une trace quelque part de ce que je leur écris. Et puis on ne verra toujours pas leurs yeux, on ne connaîtra toujours par leurs prénoms, pas plus qu’on ne connaîtra leurs spécificités à chacun.e (scolaires, médicales, ou autres). Cela leur appartient ♡

Pour celles et ceux qui me suivent depuis le début, vous avez dû remarquer tous ces changements :) au final, le contraire serait étonnant, heureusement qu’on change en 6 ans ! Je me sens réellement alignée aujourd’hui avec l’usage que je fais d’Instagram car il me sert avant tout de lieu d’engagement, et c’est ce qui rythme ma vie également. Ce qui ne veut pas dire que ça devient lourd (enfin, j’espère!). Au contraire, on peut s’engager profondément en continuant de partager sur un ton léger, bienveillant, avec de l’humour et de la pédagogie ! C’est ce que j’essaye de faire en tous cas.

J’espère que vous vous y retrouvez toujours ; pour ma part, je suis absolument ravie de cheminer avec vous :)

À très vite,

Aurélia

4 commentaires sur “Instagram, mes enfants et moi

  1. Nous avons un cheminement et des limites très similaires, hormis que je n’ai jamais ressenti le besoin d’arrêter – je crois que j’ai toujours gardé un recul sur ig que je juge assez sain. Ton approche et la mienne sont la même, et c’est bien pour ça que j’apprécie de te suivre et de te lire!

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    1. Merci Marie pour tes commentaires toujours si fidèles. Oui, je crois aussi que nos cheminements se ressemblent (autant que nos fratries :)) et nous avons finalement « grandi » ensemble sur les réseaux. Voilà exactement le genre de liens rassurants et bienveillants qui font rester par ici 💛

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  2. Merci Aurélia pour ce partage aussi authentique qu’inspirant :-)
    Il fait écho à l’actualité littéraire de l’été (Je pense notamment à « Les enfants sont rois » de D. de Vigan) mais aussi à pas mal de réflexions partagées du côté des podcast, dont l’un s’appelle justement « Double vie », dans lequel on entend des points de vue de parents sur l’exposition de leurs enfants (et les conséquences qui ne sont pas toujours anticipées).

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    1. Merci à toi Céline d’avoir pris le temps de lire et de commenter :) Et merci pour les références ! Je n’ai pas encore lu le livre de Delphine de Vigan mais j’en ai énormément entendu parler et j’avoue que le sujet a inspiré ma prise de parole et renforcé mon envie de moins en moins exposer mes enfants « pour les exposer » ou « pour qu’on connaisse ma vie ».

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