Et la charge mentale de la fin de l’année, elle est pour qui ?

On est en plein dedans … cadeaux de fin d’année pour les maîtres.ses et les nounous, kermesses d’écoles, sorties et spectacles de fin d’année, anniversaires anticipés de l’été, organisation des vacances, des centres de loisirs, des activités pour l’année prochaine … la liste est si longue.

ON. EST.EN.PLEIN.DEDANS. 

La fin de l’année scolaire, c’est la frénésie absolue, le mois de juin n’est fait que d’organisations qui s’enchaînent, de groupes What’s App qui n’en finissent plus, de mails par dizaines. 

Parlons-en tiens de ces groupes WA et de ces mails. J’ai fait une petite enquête cette année, j’ai scrollé toutes les adresses mails et les numéros de téléphone présents. Religieusement, un à un. Et vous savez quoi ? J’ai cherché, cherché, mais pas la présence d’un seul père. PAS UN SEUL. (même pas celui de mes enfants qui a pourtant laissé son numéro de téléphone et son adresse mail à l’école, et j’imagine qu’il n’est pas le seul).

Par souci d’anonymat, je ne divulguerai pas le programme de la kermesse de l’école de mes enfants, où pas moins de 32 mères sont inscrites pour tenir les stands et PAS UN SEUL père (ah si, juste deux, la veille de la kermesse, pour installer les tables et les stands avec leurs gros biscottos d’hommes virils bien sûr). 

Alors, c’est quoi ce bazar ? Qu’est-ce qui se passe là ? A quel moment on va se réveiller pour de bon ?

Depuis quelques jours, je réfléchis beaucoup sur tout ça. Sûrement car je ne me suis jamais autant pris la charge mentale dans la figure qu’en cette fin d’année 2020-2021. Je n’ai jamais eu l’impression de faire autant de choses du quotidien, d’orga, que cette fin d’année. Et pourtant, je sais à quel point “j’ai de la chance” d’avoir l’homme que j’ai (je mets entre guillemets cette réaction infernale que je reçois si souvent et qui ne m’inspire que culpabilisation et résignation). Sauf que mon mari, justement, là est submergé de boulot par son employeur, de déplacements, d’échéances à fin juin, comme j’y reviendrai plus loin. 

Alors je vois de nombreux gros problèmes à tout ça. Et je vais me permettre d’émettre quelques pistes d’amélioration … Lise qui voudra, entende qui pourra ;))

La fameuse sortie de fin d’année :)
Les groupes “de mères” à l’école ou dans tous lieux de collectivité

Oui, les groupes non-mixtes sont des espaces très importants pour s’exprimer, se confier, avancer. Notamment dans le féminisme. Ils ne doivent surtout pas être remis en question.

Mais quand il s’agit de l’organisation quotidienne des enfants, de la préparation de cadeaux pour les instituteur.ices, de l’organisation de sorties scolaires ou de gâteaux pour la kermesse, NON. Stop à la non-mixité. Arrêtons les groupes uniquement constitués de mères. Utilisons les numéros de téléphone des pères qui les donnent sur les fiches de renseignements. Incluons-les dans les mailing lists. Arrêtons de croire qu’ils ne s’impliqueront pas, laissons-leur le bénéfice du doute. Éduquons-les en ne leur laissant pas le choix que de lire ces messages, relançons-les. 

Oui, c’est du boulot, oui c’est fatigant, et oui c’est sûrement plus simple de faire directement “entre mères” pour que ça aille “plus vite”. Mais ce n’est pas comme ça qu’on fera avancer le schmilblick. 

(Que mon propos soit bien compris, je n’accuse pas les femmes de ne pas inclure les hommes et je déteste l’idée communément admise du « mais aussi, les femmes ont qu’à laisser plus de place aux hommes et tout rentrera dans l’ordre », qui est beaucoup trop facile et délétère. Non, je fustige le système qui nous fait préjuger d’emblée que « de toute façon » les hommes ne seraient pas impliqués ni intéressés.)

Dans la même veine, si certain.es professionnel.les d’activités périscolaires, sportives, artistiques, etc. me lisent, n’hésitez pas à appeler aussi (voire même en priorité) le père, ça participera à faire avancer la cause également. (Et ça permettra une bonne engueulade le soir “Mais pourquoi tu n’as pas répondu au téléphone quand le tennis t’a appelé pour te dire qu’elle s’était cassé le bras ??” ;) Rhooo, ça va, je rigole !)

Les clichés de genre tellement ancrés

La femme, organise ; l’homme, exécute.

Vous lisez ça et vous vous dites “elle exagère quand même, ça c’était avant, les choses ont vachement évolué et les pères font beaucoup beaucoup de choses”. C’est vrai et indéniable à l’échelle des dernières décennies. C’est même colossal. Mais je vous jure qu’en 2021, ce sont encore les femmes qui organisent et les hommes qui exécutent. C’est encore la mère qui pense à prendre rdv chez un médecin (même si c’est le père qui y va), qui pense à organiser les anniversaires de leurs enfants (même si c’est lui qui installe la fête), qui pense à acheter les cadeaux pour les copains (même si c’est lui qui accompagne son enfant à l’anniversaire), qui pense à booker les baby-sitters (même si c’est lui qui les appelle) …

Et la fin de l’année scolaire, c’est le paroxysme de ce cliché. C’est un peu comme si on avait oublié que “fin d’année scolaire » ne rimait pas uniquement forcément avec “mère” mais aussi avec “père”. 

Les solutions pour ça, je n’en ai pas vraiment de validées. Mais pourquoi ne pas commencer par se poser une ou deux fois par semaine A DEUX pour faire la liste de tout TOUT TOUT ce qu’il y a à faire et penser et se les départager, en se faisant mutuellement confiance ? On sait jamais, sur un malentendu, ca peut marcher et soulager tout le monde ;) (surtout la mère)

J’ai ici bien évidemment une pensée admirative et émue pour toutes les mamans solo qui se battent et gèrent cela bien souvent beaucoup trop seules …

L’inadéquation du monde du travail avec celui de la parentalité

Ce point n’est pas nouveau et vous connaissez peut-être mon engagement à ce sujet. Pour cet article, je me focaliserai sur la fin de l’année scolaire. Le fameux mois de juin, dont on a pris toute la mesure l’année dernière, quand il a été si cool et reposant pour nous, parents, avec tous ces trucs annulés ;) 

Je ne vais pas refaire la liste de tout ce à quoi il faut penser en juin pour nos enfants … c’est juste phénoménal. Et hier soir, j’ai eu une révélation, quand mon mec m’a dit “Mais j’aimerais bien m’occuper de tout ça, mais là je n’ai absolument pas le temps, j’ai à peine le temps de déjeuner et je suis assailli d’échéances et de trucs à rendre pour le 30 juin. Si je relâche la pression, je risque gros. À partir du 1er juillet, promis je reprends tout”. LOL. Le 1er juillet …. quand tout est terminé en gros. Et le pire, c’est que je sais à quel point il est de bonne foi et vraiment désolé. 

En en parlant autour de moi, je vois à quel point c’est fréquent dans les familles. Quand on travaille dans une entreprise en tant que salarié.e ou prestataire de service, tout s’accélère du 1er au 30 juin. Comme si tout le monde se réveillait, comme si le monde allait s’arrêter le 1er juillet. La pression est inouïe sur les travailleur.ses et je vous le donne en mille, qui en prend doublement pour leur grade ? Les mères. Rapport au paragraphe d’avant sur le cliché d’organisatrices qui leur colle à la peau. Soit elles sont elles-mêmes salariées ou prestataires de service et elles sont soumises à la pression de l’entreprise + à celle de la fin d’année de leurs enfants ; soit elles sont indépendantes, mères au foyer ou autres, et elles sont soumises à la pression de l’entreprise de leur partenaire + à celle de la fin d’année de leurs enfants. Et BIM. 

Alors que faire ? Humm … et si, une bonne fois pour toutes, on réfléchissait en interne à TOUTES les problématiques parentales. La fin de l’année scolaire (et la préparation de la suivante) en est clairement une. Pourquoi ne pas l’anticiper et organiser/adapter en conséquence les plannings des travailleurs ? Le patriarcat dans le monde du travail a bon dos, il est facile et confortable pour beaucoup (sauf pour les mères), et surtout, le changement fait peur. Mais je jure à tous.tes ceux.elles qui me lisent qu’on a tous tellement, tellement à y gagner …

Une de mes amies m’a récemment dit : “J’ai l’impression de me battre contre 2000 ans d’Histoire. La tentation est si grande de se résigner.” J’ai trouvé à la fois cette phrase d’une grande tristesse, d’une grande lucidité et d’un grand courage. Ne nous résignons pas, battons-nous, femmes, hommes, tous.tes, faisons changer le cours de cette Histoire qui nous colle à la peau comme un vieux tatouage dégueu ; mettons-lui un grand coup de laser. Echangeons entre nous aussi, écrivons (je me sens bien mieux à la fin de mon billet déjà :)). 

Je terminerai mon article un peu plus « coup de gueule » que d’habitude par une pensée immense pour toutes les mères en cette fin d’année si difficile. Après avoir vécu 3 confinements, 3 déconfinements, des organisations changeantes en permanence, des émotions à fleur de peau pour tout le monde, cette fin d’année est épuisante et nous impacte nous en premier lieu.

Force, courage, sororité, nous ne sommes pas seules !

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