Libérons-les des cases !

[Cet article date aussi de 2017 mais est encore tellement, tellement d’actualité. On peut dire que ca ne s’arrange pas en grandissant … mais on continue d’y faire très attention ! Et je ne parle pas des cases et étiquettes genrées, si ancrées … mais nous aurons l’occasion d’en reparler bientot :) À l’époque où j’ai écrit cette article, je n’avais que deux enfants dont une seule « soumise » aux étiquettes ; aujourd’hui, ils sont trois et mais c’est encore si quotidien que j’ai choisi de ré-illustrer mon article avec des photos d’aujourd’hui …!]

Elles vous prennent au berceau et ne vous lâchent plus. D’autres se rajoutent même. On vous les colle avec de la super-glue et alors difficile de s’en débarrasser. Elles ? J’ai nommé les sacro-saintes « cases », ou « étiquettes » pour les intimes. Celles qui se maquent avec le verbe ÊTRE à la moindre occasion, sans réfléchir, et qui amènent des conclusions hâtives. Celles qui font mal, qui sont souvent négatives ou qui, quand elles sont positives, cachent la plupart du temps un revers de médaille.

Sous vos yeux ébahis, quelques exemples :
Elle fait des colères –> elle EST colérique
Il a tapé dans la cour de récré –> il EST violent
Elle s’exprime bien –> elle EST surdouée
Il a besoin de temps pour s’adapter aux nouvelles situations –> il EST timide
Il EST gentil –> il est forcément TROP gentil, c’est louche // variante : il va se faire marcher sur les pieds
Elle EST jolie –> elle va chercher à manipuler les autres
Il aime rire et faire rire –> c’EST le pitre de service, celui qui ne saura jamais être sérieux ni se concentrer

Bref, on pourrait les décliner à l’infini …

En trois ans de vie, deux ans trois quart de collectivité et un mois d’école, je ne compte plus le nombre de fois où l’on a voulu mettre ma fille dans des cases (parfois totalement contradictoires d’ailleurs, c’est ça le plus drôle ! 〈ou pas …〉).

C’est quasiment quotidien … et je sais que c’est le lot de chacun d’entre nous. Car les adultes aussi en font les frais.

Prenez votre rôle de parent par exemple ; vous ÊTES bienveillant, vous ÊTES laxiste, vous ÊTES inconscient, vous ÊTES strict, vous ÊTES tendre … et j’en passe. Il suffit qu’on vous ait vu une fois pour avoir un avis tranché sur votre façon d’être parent. Et bon courage pour vous défaire de cette image, même auprès de gens proches ! Oh je ne crache pas dans la soupe, cela m’arrive aussi de tirer des conclusions un peu rapides d’une situation dont je suis témoin. Puis de plus en plus j’essaye de me reprendre, justement parce que ce genre de comportements me blessent personnellement.

*** Il est rare d’ETRE quelque chose sans en être une autre ***

En fait, nous sommes tous un peu de tout ça, nous avons des « moments », nous vivons des situations. En une journée, on peut même être tout et son contraire ! Et ça, tout le monde le sait et tout le monde en fait l’expérience … alors pourquoi on continue ? Pourquoi systématiquement avoir besoin de mettre dans des cases ?

J’ai peur que les réponses à ces questions ne soient pas très jolies et révèlent des instincts bassement humains. Mon hypothèse est que les cases rassurent ceux qui les construisent ou les imaginent, et permettent de dominer.

Dans le cas des enfants, c’est flagrant. On les catégorise pour les maîtriser, pour penser qu’on les « comprend », qu’on les « connait », pour avoir un sentiment de contrôle. « Je sais qu’il EST comme ça, donc je le connais bien, donc je sais ce qu’il faut faire et comment avec lui. Voire je sais ce qu’il DOIT faire. » Ce sont clairement des situations qui me hérissent les poils, cette idée si ancrée dans les générations précédentes et dans notre société qu’un enfant n’est rien d’autre que le produit de ce qu’on veut en faire, n’a pas d’identité propre, et surtout, qu’il EST déjà à 3 ans ce qu’il sera adulte. Sans compter que ces idées font des ravages. L’enfant va se conforter à ce qu’il pense qu’on attend de lui, devenir ce qu’il pense que les adultes souhaitent et il n’y a rien de pire que ça. Et que dire des parents désarmés, qui se retrouvent souvent bien impuissants et injustement jugés du comportement ou des attitudes de leur enfant ? Je lis en ce moment pas mal de témoignages et d’articles sur ce point-là, et ça me chamboule à chaque fois.

Croyez-moi, je ne suis pas un as de l’éducation bienveillante. C’est ma ligne de conduite, oui, mais très souvent je m’emporte, je crie, je perds patience, mes mots dépassent mes pensées, je claque les portes ; et la fatigue est un facteur aggravant (je vous laisse imaginer ma capacité de patience en ce moment …!).
Mais il y a des choses dont je suis à présent certaine et que j’évite dès que je le peux : ce sont ces fameuses étiquettes. Elles qui ont fait et font encore tant de tort autour de moi – et à moi-même aussi d’ailleurs.

Depuis que je m’en suis rendue compte, je m’efforce autant que faire se peut d’utiliser les mots « a des moments de » plutôt que « est » ; « peut être / peut se montrer ainsi » plutôt que « est ainsi », et de les inculquer à mes enfants. Je reprends systématiquement Petite I quand elle me dit qu’untel est méchant, ou sale, ou timide, ou énervant. J’essaye de lui apprendre la nuance et la diversité des personnalités. Ne serait-ce que pour qu’elle comprenne et sache gérer les siennes.
Je ne dis pas que j’ai la bonne méthode et que j’ai appris ça toute seule, soyons clairs ! Mais aujourd’hui c’est devenue une évidence, et ce fut très libérateur. De me rendre compte aussi des projections qui avaient été faites sur moi depuis petite, de ce qu’on avait attendu, de ce qu’on m’avait collé sur la figure. Et de vouloir les éviter à mes enfants. Essayez de vous poser cette question en repensant à votre petite enfance, vous risquez d’être assez étonné …!

*** Libérons-les et libérons-nous des cases !

Quelle sensation désagréable – et très énervante – quand un médecin / un éducateur / un enseignant / un ami / un parent / un n’importe qui vous dit que votre fils/fille EST colérique, capricieux(se), docile, trop ou pas assez joli(e), « maigrelet(te) », charmeur(se), excité(e), timide, difficile, peureux(se), casse-cou, que sais-je encore … comme si rien ni personne ne pouvait rien y changer. Et toujours avec cette petite intention insidieuse de vous dire « Je le sais moi, je l’ai bien cerné(e) votre enfant, je les connais les enfants « comme ça ». Je dis ça pour vous aider. » Mais bien sûr … et la marmotte …!

Attention, cela ne veut pas dire qu’il faut laisser passer les comportements inappropriés de nos enfants, bien au contraire ! Dans notre cas, bien sûr que nous recadrons Petite I quand elle dépasse les limites ou quand elle a des attitudes dérangeantes. Mais, juste, cela ne la définit pas en tant que personne et je veux qu’elle comprenne que c’est ce comportement précis que je ne cautionne pas et auquel je réagis et non à elle dans son intégralité.
Tout comme j’ai bien entendu conscience qu’il y a des tendances ou des traits de caractère, et qu’il ne faut pas chercher à les gommer non plus. Mais si je les ai bien détectés en elle, j’essaye de ne pas trop les lui imposer (même si je le fais forcément un peu inconsciemment), de voir comment elle va s’en dépatouiller et ce qui en ressortira finalement. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de ratés ou que c’est simple, mais je pense sincèrement que c’est nécessaire.

Alors je vous en supplie, vous tous que nous rencontrons en tant que parents, arrêtez de mettre nos enfants dans des cases. Arrêtez de leur coller des étiquettes indélébiles sur le front, pour les divulguer ensuite et qu’elles soient gravées au fer rouge sur leurs personnalités (ou au bic sur leur carnet de santé dans notre cas personnel, comme je vous l’avais décrit sur Instagram). Demandez-vous quelles étiquettes vous ont été collées à vous, et à quel point ce fut délétère et douloureux, aujourd’hui encore. Laissons-les grandir, s’affirmer, se trouver tous seuls. Soyez à nos côtés pour les accompagner, les aiguiller, les recadrer si besoin, leur apprendre, mais n’essayez pas de les contrôler.

La seule certitude que nous pouvons avoir concernant nos enfants, c’est justement qu’ils SONT des enfants, et que nous faisons de notre mieux pour qu’ils DEVIENNENT des adultes épanouis et en phase avec eux-mêmes, dans toutes leur diversité et leurs aspérités.

Les étiquettes, c’est pour les vêtements, pas pour les êtres humains. Libérons-les des cases, vous verrez comme nous en serons libérés à notre tour !

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