Le paradoxe de l’allaitement

[Ceci est un article publié sur mon 1er blog en 2015. Je le remets sur celui-ci car il exprime mes ressentis à un instant t, celui de ma première maternité. Même s’il ne reflète pas la réalité de mes allaitements suivants, il est intéressant de le garder car il pourra peut-être aider ou parler à certaines femmes concernées. ]

Il y a deux semaines pile, Petite I a pris sa dernière tétée, et la semaine dernière j’ai rendu le tire-lait loué depuis sa naissance. Et bien je ne pensais pas dire ça un jour, mais ça n’a pas été simple de se séparer de ces petits rituels d’allaitement…

Avant que mon bébé ne naisse, je voulais l’allaiter un mois et demi, deux mois max. L’idée d’avoir en permanence son bébé avec soi et au sein, de ne pas pouvoir le confier plus de 3h et de me sentir dépendante encore des mois, ce n’était vraiment mon truc.

Mais quand j’ai accouché, ça a été une autre histoire. J’ai tout de suite adoré ce contact si intense, si fusionnel et totalement exclusif que créait entre mon bébé et moi l’allaitement. Encore une chose qu’on ne peut savoir que sur le coup. Cette sensation si étrange et déstabilisante mais en même temps si logique d’avoir besoin de garder tout contre soi ce petit être qui a grandi en vous pendant 9 mois, d’avoir l’impression qu’on est la seule à pouvoir combler ses besoins (même si très objectivement et heureusement, c’est totalement faux !). Pour moi, cette transition du « dedans vers le dehors » est passée par l’allaitement, pour d’autres mamans elle passera par le « co-dodo » (j’entends par-là dans un berceau spécial, surtout pas dans le lit parental), le portage, ou toute autre forme de maternage. Donc ça c’était le moment de bonheur total des premières heures de l’allaitement ; je me voyais lui donner le sein pendant des mois, sereine et heureuse, faisant de Medela ma nouvelle marque fétiche et allaitant mon bébé de façon innée comme si j’avais toujours été faite pour ça.

Et puis les 24 premières heures de Petite I sont passées, et là je me suis dit que, peut-être que j’avais toujours été faite pour ça, mais mes seins eux, a priori pas du tout. Et soyons honnêtes, ce n’est pas à la maternité où il y a une sage-femme pour 10 mamans qu’on vous apprend à allaiter. D’où les mauvaises habitudes dès le départ qui se répercutent pendant des semaines ensuite. On ne m’avait pas prévenue des douleurs de la montée de lait, de l’importance de la position du bébé au sein, des crevasses dès les premiers jours, et de la possibilité d’avoir TROP de lait, phénomène provoquant des seins engorgés, des mastites (géniales infections où vous plafonnez à 39 de fièvre et dont le seul remède est de mettre son bébé au sein alors que vous ne rêvez que d’une chose : vous mettre au lit et qu’on ne vous touche pas !). Bah oui, forcément, car la crainte de toutes les femmes enceintes souhaitant allaiter c’est de MANQUER de lait. Alors l’hyperlactation c’est limite le rêve… sauf quand on le vit, je vous assure !

Bref, les jours passant, j’avais de plus en plus envie de tout arrêter, de lâcher cet allaitement qui me faisait tant souffrir. Mais quelque chose en moi me disait de continuer. Pour Petite I déjà, quand je voyais à quel point elle buvait goulument, elle grossissait parfaitement et devenait toute rose de bonheur après une tétée. Et puis les microbes sont tellement vicieux en hiver que tant qu’à faire, autant qu’elle soit immunisée un maximum de temps. Mais aussi pour moi, pour vider ces seins si lourds et qui me faisaient vraiment un mal de chien. Seulement voilà, chaque mise au sein était un calvaire ; ayant toujours refusé d’allaiter en public, je m’isolais avec mon bébé et mon angoisse d’avoir trop mal pour la nourrir correctement. Les larmes coulaient parfois, d’épuisement, de ras le bol et de douleurs. J’ai tout essayé : bouts de seins en silicone, crèmes à la lanoline, crèmes au calendula, bâton d’acupuncture, compresses de lait maternel, pommade de Newman (un mélange d’antibiotique-antifongique-antiinflammatoire-antijesaispasquoi)…

C’est alors que j’ai découvert le tire-lait. Je sais que cet « outil » divise les femmes, allaitantes ou non d’ailleurs, et je faisais clairement partie de celles qui pensaient ne jamais en faire l’usage. Là encore, je ne vous fais pas un dessin, mais ça c’était AVANT ;) Car que dire d’autre que le fait que le tire-lait m’ait enlevé un poids considérable de stress. Déjà, au niveau des douleurs ça n’a rien à voir et ça me « reposait » d’une vraie tétée où la succion du bébé accentue les frottements douloureux. Ensuite, je pouvais m’échapper quelques heures en laissant un biberon à la personne qui garderait Petite I pendant mon absence. Et enfin, cela permettait de vider le surplus de lait qui m’engorgeait régulièrement. Mais j’ai aussi appris que le tire-lait stimulant la lactation, il est impératif de doser son utilisation quand même !

En bref vous comprendrez que l’allaitement s’est révélé pour moi être un élément tout à fait paradoxal de ma nouvelle maternité. D’un côté un bonheur extraordinaire de sentir son bébé si près et fusionnel, de savoir qu’on lui fait du bien et qu’on œuvre activement pour son développement, mais de l’autre une difficulté d’adaptation qui n’est en plus pas aidée par les nuits sans sommeil. Les premiers mois ne sont pas de tout repos, ce n’est un secret pour personne, et l’allaitement contribue (à mon sens, mais je sais que pour certaines mamans tout se passe très bien) aux moments de doutes et d’angoisse qui les accompagnent.

Ceci dit il est indispensable de se faire AIDER (et j’insiste louuuuurdement sur ce point qui fut l’une de mes grosses faiblesses du début) quand on sent que c’est trop dur. Consultantes en lactation, sage-femmes, médecins, associations, tous sont là pour vous soutenir et vous expliquer comment mener un allaitement le plus sereinement possible. Je ne remercierai jamais assez les quelques femmes qui m’ont aidée à ce moment-là, notamment à mieux positionner mon bébé – la base d’un allaitement réussi – quand j’ai ravalé ma fierté pour enfin lancer un petit SOS. Tout est possible avec l’allaitement, l’important est de s’écouter et d’accepter que tout ne se passe pas toujours comme on l’avait imaginé. C’est exactement ce qu’elles m’ont appris et ce qui me fait dire sans aucune hésitation que je recommencerai au prochain !

Alors, chères futures mamans qui pouvez être un peu effrayées par certains passages mon article, soyez déjà persuadées qu’il y a autant d’allaitements différents qu’il y a de femmes, et n’hésitez pas à vous renseigner avant d’accoucher (vraiment, pas avec de simples livres « techniques » comme j’ai pu le faire), je pense que cela m’aurait évité beaucoup de déconvenues. Et je vous jure qu’une fois que c’est mis en place et que vous êtes sur un certain « rythme de croisière » (et vos seins aussi, surtout même), j’ai trouvé ça vraiment super.

Le paradoxe de l’allaitement, je vous dis !

NB : je précise bien évidemment que ce post est entièrement personnel, ainsi que tous les avis qui s’y trouvent. Qu’il ne s’agit en aucun cas non plus de prôner l’allaitement maternel par rapport au biberon (et pour preuve, j’ai passé Petite I au mixte à même pas 2 mois, et sevrée totalement à 3 mois et demi), mais bien de parler de l’expérience que j’ai vécue, tout simplement.

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